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Cash management : l’Etat haïtien en passe de devenir moins dépensier



Reproduction du Nouvelliste du 21 avril 2016

Le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) et la Banque de la République d’Haïti (BRH) ont procédé, le mercredi 20 avril 2016, à la signature d’un accord qui autorise cette dernière à faire la gestion du cash management en réponse à la situation critique actuelle des finances publiques du pays.

« Cette décision va permettre à la gourde, avec le temps, d’avoir plus de valeur toutes les fois qu’on commence à produire en Haïti et qu’on parvient à de la stabilité monétaire ainsi qu’à de la stabilité politique et sociale », explique le ministre de l’Économie et des Finances, Yves Romain Bastien, au micro des journalistes peu de temps après avoir apposé sa signature au bas de l’accord.

La gestion du cash management va permettre à l’État de dépenser uniquement ce qu’il a collecté. Fini le financement monétaire à chaque fois que l’Etat se retrouve en situation de dépenser de l’argent dont il ne dispose pas. Fini les endettements de l’Etat vis-à-vis de la BRH. On se retrouve donc, souligne Yves Romain Bastien, avec une masse de monnaie beaucoup plus importante que ce que l’économie demande. D’où l’inflation qui entraîne par la suite une dépréciation de la monnaie.

« Cette politique monétaire de la BRH permettra une stabilité de la gourde et empêchera qu’elle continue à se déprécier », a, pour sa part, fait savoir Jean Baden Dubois, le gouverneur de la BRH. Ce dernier se félicite de cette mesure qui va réduire la quantité de gourdes en circulation ou du moins qui mettra sous contrôle la quantité de gourdes en circulation.

« Mettre plus de gourdes qu’il n’y a de dollars dans le système détruit l’équilibre du taux de change qui, dans ce cas, est obligé de se déprécier », rappelle le gouverneur de la banque centrale. La BRH, poursuit-il, n’a pas une politique de contrôle du taux de change mais sa mission consiste par contre à veiller à la stabilité du taux de change.

Entre février 2015 et février 2016, le taux de change est passé de 47,13 gourdes pour un dollar américain à environ 62,5 gourdes. La gourde a donc perdu près de 33% de sa valeur réelle en un an.

Yves Romain Bastien pointe du doigt de sérieux problèmes au niveau du budget. « On a eu un déficit budgétaire autour de 7.3 milliards de gourdes », souligne le ministre, qui appelle à stopper l’hémorragie. Ces trois dernières semaines, estime le ministre, la dépréciation de la gourde est restée stable. « Nous souhaitons pouvoir l’apprécier encore plus », ajoute-t-il.

« Si cette politique est alliée à la production, nous allons certainement permettre à la gourde de s’apprécier », pronostique Jean Baden Dubois, un brin optimiste. Mais, à lui seul, le cash management n’arrivera pas à résorber la dépréciation de la gourde. Le gouverneur préconise donc une politique qui prend en compte la gestion des facteurs structurels tels que le déficit de la balance de paiement. « Nous importons beaucoup plus que nous exportons et notre production locale ne suffit pas à nourrir toute la population », argue le gouverneur de la BRH, qui milite pour la stabilisation de la gourde.