Banque de la République d'Haïti

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Discours du Gouverneur Dubois à l'occasion de l'installation du nouveau Conseil d'Administration | BRH


Discours du Gouverneur Dubois à l’occasion de l’installation du nouveau Conseil d’Administration


Excellence Monsieur le Premier Ministre par Intérim

Honorables Sénateurs

Monsieur le Ministre de L’Economie et des Finances

Mesdames/Messieurs les  PDG des banques commerciales

Madame/Messieurs les Directeurs Généraux des banques commerciales

Monsieur le Président de l’APB

Messieurs les Présidents des Caisses Populaires

Mesdames/Messieurs les Représentants du secteur privé

Madame/Messieurs les membres du Conseil d’Administration de la BRH

Messieurs les Gouverneurs et les anciens membres du Conseil d’Administration de la BRH

Mesdames/ Messieurs les Représentants de la presse

Chers amis

Chers invités

Mesdames Messieurs,

Je suis particulièrement honoré de la confiance placée en moi par le Président de la république en me reconduisant à la tête du nouveau Conseil d’Administration de la Banque de la République d’Haïti. Je m’associe donc à mes collègues pour adresser les remerciements les plus chaleureux à son Excellence Jovenel Moise pour cette marque de confiance que nous nous efforcerons de mériter dans l’exercice de notre mandat. L’heure est à l’action novatrice pour dégager le potentiel d’une économie dont les contraintes au redémarrage sont liées d’abord aux phases conjoncturelles de pesanteurs extra économiques.

C’est cette conviction qui a guidé l’action du précédent Conseil que je présidais et dont trois membres sont reconduits aujourd’hui aux  postes de responsabilités les plus importantes de l’institution. La continuité dans l’action est donc garantie. Nous comptons l’amplifier de l’expérience acquise  en nous aidant, notamment, de la collaboration du personnel de la banque centrale, de la compétence de nos partenaires de la Commission paritaire BRH-APB, de l’apport des autres institutions financières comme les caisses populaires et de la coopération des partenaires traditionnels tant du secteur public que de la communauté internationale.

Je salue avec beaucoup de reconnaissance, les importantes contributions des deux autres membres du Conseil précédent,  Mme Georgette Jean Louis et Monsieur Fritz Duroseau à la mise en œuvre de ce vaste chantier que je vais vous présenter succinctement. Je leur souhaite encore plus de succès dans les entreprises futures auxquelles ils apporteront leur compétence avérée. C’est  également l’occasion pour moi de saluer l’arrivée de Mme Myrtho René qui avait déjà prêté ses services à la BRH et le retour au bercail de Edgard Jeudy après une période fructueuse d’activités à la tête du Fonds de Développement Industriel.

Mesdames Messieurs,

La loi du 17 août 1979 portant création de la Banque de la République d’Haïti nous rappelle que l’institution vient de compléter quatre décennies d’activités de banque centrale. Comme la plupart de ses vénérables consœurs, la BRH a hérité de pratiques institutionnelles plus que centenaires. Un point d’ancrage, que nous pourrions faire remonter à une période bien antérieure, est la création, par le Président Lysius Félicité Salomon Jeune, de la première institution financière jouissant du privilège exclusive de création monétaire, en 1880. C’est cette filiation qui nous rattache sans faille à une orthodoxie éclairée et qui fonde la résilience d’une institution née au fort de la crise économique mondiale qui a suivi le second choc pétrolier de 1979.

Voici pourquoi les quarante ans de la BRH occupent une place importante dans mes propos d’aujourd’hui. Ces années sont là pour :

  •  Rappeler que l’institution est dépositaire d’un héritage profond qui charrie les germes de nos vertus fondatrices.
  • Marteler qu’elle fait partie de cette quête du renouveau qui nous porte à regarder au-delà des conjonctures.
  • Dire la fierté qui est la nôtre de servir une entité qui appartient à la lignée de nos grands patrimoines.
  •  Vous exposer les piliers d’une institution qui trouve dans la profondeur de ses traditions la capacité à transformer son environnement et à marquer ses repères face à l’incontournable modernité des technologies.

C’est dans  cet esprit de modernité que la Banque de la République d’Haïti a poursuivi les projets qui ont précédé la tenure du Conseil partant et ouvert de nouveaux chantiers que les impératifs de développement institutionnel et de transformation socio-économique nous imposent. Une démarche qui s’appuie sur 5 piliers :

  • L’Agenda monétaire pour la croissance et l’emploi
  • La modernisation du système financier
  • Le développement des marchés financiers
  • L’implémentation de la stratégie nationale d’inclusion financière
  • La promotion de  partenariats formels avec les Ministères clés, les secteurs privés et les institutions internationales.

Les 4 dernières années n’ont pas été faciles. Les défis à relever étaient nombreux et lourds dans un contexte socio-politique très complexe. Une situation qui a conduit à un financement monétaire record de l’ordre de 4% du PIB au cours de l’exercice fiscal 2017-2018 et un niveau comparativement moins important, au vu des statistiques disponibles, pour l’exercice en cours. Les manifestations exacerbées des (paramètres de crise ont poussé l’Administration de collecte dans ses retranchements et affaibli drastiquement la performance fiscale. Les emballements subséquents des marchés ont été contenus dans les limites qu’autorisait la gravité des moments les plus pénibles de la conjoncture. On en est arrivé à des épisodes importants de dépréciation et à une marche inflationniste qui nous vaut le niveau significatif d’environ 19% au mois de Juillet 2019

Les mesures utilisées pour contrer ces emballements ont connu des taux de réussite variables, entre de simples décélérations du taux de change dans les moments de conjonctures très graves et de courte et fragile stabilité dans les moments de moindre gravité. Les anticipations pessimistes qui résultent de ce processus ont alimenté les facteurs d’inertie dans la détermination des prix sur le marché des biens. Conséquemment les mouvements inflationnistes ont dépassé largement le coefficient de transmission de dépréciation de la monnaie. C’est ce à quoi l’efficacité des mesures monétaire a du faire face. On imagine alors le niveau exagéré de la perte de bien-être que l’absence de ces mesures aurait permis. Dans ce cas d’espèce une politique de non intervention aurait été catastrophique. C’est cette analyse contrefactuelle que les services compétents de la Banque Centrale s’attèlent à quantifier.

L’institution, comme toujours, sort renforcée de ces épreuves et les leçons à tirer sont multiples. Elles trouvent néanmoins une synthèse dans l’idée cardinale que la conduite efficace de politiques publiques utiles est l’art de compromis qui réussissent dans les limites de faisabilité institutionnelle et de pérennisation des institutions. La nature complexe, inhérente à tout environnement social, fait de ces politiques la résultante d’arbitrages d’autant plus difficiles que les conjonctures sont mues par des forces résolument contraires. Pour les praticiens que nous sommes, la théorie des jeux est là pour guider les meilleurs chemins critiques dans la prise de décisions qui échappent rarement au domaine de solutions de « second best » qui est le propre des solutions d’arbitrage.  

L’environnement qui prévaut à la conduite de la politique monétaire des 4 dernières années est de cette trempe-là :

  • Nous avons augmenté les taux de réserves obligatoire et changé le mode de constitution de ces dernières en nous exposant au courroux de nos partenaires du système financier qui n’optimisent pas nécessairement la même que la Banque De La Republique d’Haiti ;
  • Nous avons tiré à répétition la sonnette d’alarme et obtenu l’accord d’une gestion (de caisse) (contrôlée) conjointe des autorisations de dépenses budgétaires au risque d’irriter l’Autorité fiscale ;
  • Nous avons puisé dans nos réserves internationales, malgré l’avis contraire de nos partenaires multinationaux, pour casser les emballements spéculatifs dans les conjonctures de forte irrationalité favorisée, entre autre, par des turbulences socio-politiques ;
  • Nous avons augmenté les taux directeurs pour resserrer les conditions monétaires malgré les cris de débiteurs aux abois et le spectre de portefeuilles de crédit en perte de qualité.
  • Nous avons fait des SWAPS, des « repurchase agreement » qui ne plaisent pas toujours aux institutions compétitrices des bénéficiaires.
  • Nous avons tenté, il est vrai avec retenue, des incursions de nature microéconomique dans la conduite d’une politique monétaire de nature fondamentalement macro en exposant notre crédibilité, à la recherche d’un équilibre même sous-optimal étant donné les conditions et les défis qui ne rentrent pas dans notre juridiction.

Les coûts d’opportunité de ces mesures sont plus importants qu’ils ne le seraient dans un contexte de sérénité. Cependant, nous n’avons pas perdu le cap d’une vision de moyen/long terme de la politique monétaire. Et c’est là qu’intervient un arbitrage voulu entre le présent et le future ; un arbitrage inter temporel qui trouve son expression dans notre Agenda Monétaire Pro Croissance et un mode opératoire dans la mise en place d’un cadre favorable au  financement de secteurs clés qui couvrent l’immobilier résidentiel, l’agriculture, le tourisme et l’hotellerie, les zones franches et les entreprises d’exportations. Il en est découlé des mesures concrètes qui ont attiré de nouveaux investissements dans les secteurs cités plus haut en facilitant :

  • Des prêts de court, moyen et long terme à des taux préférentiels ;
  • Le renforcement des structures évoluant dans le secteur agricole (zones franches, coopératives agricoles, etc.) ;
  • La diversification des stratégies de financement comme le crédit-bail.
  • Le rapatriement en mars 2019 du projet SYFAAH initialement géré par la coopération canadienne.

L’évaluation sommaire des interventions fait état de 143 dossiers traités pour un décaissement total de 14.5 milliards de gourdes depuis 2016 à travers le FRCRE, le FCEE, le PPDI et les programmes qui couvrent l’Agriculture, le secteur hôtelier, les prêts au logement et les zone franches.

La Stratégie d’Inclusion Financière en plein développement viendra compléter ces dispositifs de crédit d’une dimension de proximité économique qui ouvre la voie à un impact social plus large de la politique monétaire. C’est un projet qui nous tient particulièrement à cœur en raison de notre attachement à cette vision de long terme d’une politique monétaire qui se veut au centre d’une politique financière viable pour le développement. 

Les efforts récents mais soutenus de mise en place d’un marché financier diversifié st suffisamment profond participe de cette démarche. Les travaux prospectifs avancent à grands pas et couvrent des domaines divers comme : le chantier réglementaire et législatif, le chantier organisationnel, le chantier de formation et celui d’un plan directeur de marchés. Le renforcement continu du cadre de supervision du système bancaire constitue un acquis indéniable à l’aboutissement de ce projet et les efforts consentis à cet effet sont importants.

Mesdames Messieurs,

La réalisation de ces politiques d’horizons divers, depuis la modulation des outils de gestion monétaire, la multiplication des passerelles entre les secteurs monétaire et réel jusqu’à la création d’un système financier fort et inclusif, est conditionnée par le développement de capacités institutionnelles qui touchent aux ressources humaines, aux moyens technologiques et aux infrastructures physiques. 

Les travaux de renforcement des infrastructures physiques de la BRH regroupent deux catégories d’activités. Les réaménagements et rénovations, d’une part, et les nouvelles constructions d’autre part. Dans le premier cas, outre les investissements qui se réalisent dans l’aire métropolitaine, des travaux importants sont engagés aux Cayes et au Cap-Haitien. Dans le second cas, outre l’accroissement des infrastructures de contingence, un immeuble moderne est en phase de construction pour décongestionner le bâtiment principal en accommodant le fonctionnement de 164 employés.

Au niveau des moyens technologiques, les efforts consentis touchent tout le spectre des activités de la banque centrale :

  • En matière de gestion administrative on peut citer : La mise en place d’un nouveau logiciel de gestion des ressources humaines : « Talent Management System (TMS) », la gestion électrique des documents et la digitalisation des archives, le renforcement du système de télésurveillance de la BRH.
  • Sur le plan du déploiement de la Stratégie d’inclusion financière on note : Le centre de Contact de la BRH, l’Application BRH Mobile et Le site Internet rénové.
  • Sur le plan de nos partenariats avec le secteur public et le système financier on peut citer : Le système de transfert automatique des chèques entre le Ministère des Finances et la BRH, les avancées dans le système de paiement et dans la facilitation des opérations financières.

Dans le cas des ressources humaines, tous les efforts sont déployés pour mettre l’institution en phase avec les défis de l’heure. La formation continue touche tous les niveaux de gestion de la banque et l’Institution de Formation de la Banque Centrale est doté de moyens de plus en plus adéquats pour étendre son action aux groupes cibles qui rentrent dans la responsabilité sociale de la BRH et dans sa stratégie de communication.

La création récente de la Direction de Communication et des Affaires Publiques et la mise en place du Fonds pour la Recherche et le Développement bientôt opérationnel participent de cette vision d’une banque centrale qui s’implique sans perdre de vue ses repères.

Mesdames Messieurs,

Je vous fais grâce des autres projets en cours et des détails de ceux que je viens d’exposer. Mes propos de ce jour ne constituent ni un étalage ni un exercice de promotion mais l’engagement documenté d’une institution qui se donne les moyens d’une contribution majeure au saut qualitatif et quantitatif que nous voulons imprimer à notre pays. Comme je l’ai dit plus haut, les contraintes au redémarrage économique sont de nature d’abord conjoncturelle. Nous sommes assez réalistes pour en tenir compte, en même temps, suffisamment profond pour regarder bien au-delà.

Les quarante dernières années de notre vie de peuple ont montré que chaque période de crises prend fin sur une fenêtre d’opportunité que nous peinons à exploiter. La façon d’y arriver est de se préparer à l’aurore qui devra pointer. Nous y croyons au point de vouloir vous contaminer de notre optimisme.

Merci



16 Mai 2026


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