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Intervention du Gouverneur à l’occasion de la visite du professeur Thomas Kigabo | BRH


Intervention du Gouverneur à l’occasion de la visite du professeur Thomas Kigabo


Madame, Messieurs les membres du Conseil d’Administration de la BRH

Mesdames Messieurs les PDG des Institutions Financières,

Cher Professeur Kigabo Mesdames Messieurs les Économistes

Chers cadres de la BRH

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais d’abord rappeler que la présence du professeur Thomas Kigabo en Haïti, économiste principal à la Banque centrale du Rwanda, témoigne de l’intérêt de la BRH à renforcer son cadre de politique monétaire, par le partage d’expériences entre banques centrales et en recherchant des modèles dont elle peut s’inspirer, tout en tenant compte des spécificités de l’économie haïtienne et des contraintes structurelles qui lui sont associées.

Sa présence témoigne aussi de notre volonté d’établir des rapports d’échange et de partenariat entre Haïti et les pays d’Afrique. Le Rwanda est une nation sœur qui a vécu des périodes difficiles, peut-être encore plus difficiles que celles que nous avons déjà vécues. Les citoyens rwandais ont su mettre de cote leurs différences pour s’atteler à la reconstruction de leur nation. Le Rwanda a pu s’élever aujourd’hui au rang d’une nation modèle que plus d‘un regarde pour s’en inspirer.

Lors de ma dernière intervention publique, j’ai eu à mentionner la citation de Winston Churchill à savoir qu’une « crise est trop importante pour la gaspiller ». Il n’en tient donc qu’à nous Haïtiens et Haïtiennes d’apporter les réponses appropriées pour relever une fois pour toutes les défis à la fois structurels et conjoncturels auxquels nous faisons face.

À la BRH, nos réflexions se portent déjà sur les défis de l’après-crise. Et nous travaillons déjà sur une évolution de l’agenda monétaire pro-croissance vers une approche structurelle d’une transformation socioéconomique.

Les présentations, les discussions et les échanges entre les cadres de la BRH et le professeur Kigabo durant ces trois derniers jours ont été à la fois enrichissants, instructifs et fructueux à divers égards. Ils nous ont permis de :

a) renforcer notre esprit de combattivité face aux difficultés ;

b) de réaliser que le temps, le savoir et le savoir-faire peuvent nous aider à les affronter efficacement ;

c) de comprendre la nécessité de faire valoir la dimension humaine dans nos relations avec les bailleurs de Fonds internationaux ;

d) de mettre Haïti en perspective par rapport aux efforts colossaux indispensables à la stabilisation et à la réhabilitation d’une économie.

Les échanges d’expertise et de connaissances des trois derniers jours ont porté essentiellement sur :

a) le processus d’évolution de la politique monétaire au Rwanda;

b) les projections de liquidités associées au mécanisme de transmission de la politique monétaire au Rwanda.

La BRH a beaucoup appris de l’expérience de la Banque centrale du Rwanda quant à l’évolution de son cadre de politique monétaire après le génocide en 1994, notamment :

1) le ciblage monétaire (1995-2008)

2) le développement du marché monétaire comme prérequis au développement du marché secondaire ;

3) le développement du marché des bons du trésor et l’utilisation d’instruments de politique monétaire de très court terme ;

4) l’harmonisation des politiques budgétaire et monétaire (le policy-mix)

5) l’utilisation de la persuasion morale (moral suasion) pour gérer les anticipations négatives des agents ;

6) le rôle clé de la communication dans la formulation des orientations à l’intention des opérateurs économiques et financiers (indications prospectives ou forward guidance)

7) le passage du ciblage monétaire au ciblage du taux d’intérêt.

Les échanges qui auront lieu au cours de cette journée porteront sur trois sujets d’intérêt pour la BRH à savoir :

1) la recherche ;

2) l’analyse économique ;

3) la modélisation et la prévision à la Banque centrale, avec l’expérience du Rwanda ;

Au niveau de la BRH, la Direction Monnaie et Analyse Économique (MAE), dirigee par notre chief economiste Erol Saint Louis travaille sur tous ces sujets. Elle effectue des prévisions ou des projections sur des indicateurs clés comme l’inflation, la croissance du PIB et la liquidité bancaire.

Sur le plan de la recherche, la BRH entend aller au-delà des publications actuelles en encourageant des travaux de recherche dans le milieu universitaire et professionnel avec la création d’un Fonds BRH pour la Recherche et le Développement (FRD-BRH). Ce Fonds devrait être lancé une fois que la BRH sera en mesure de travailler dans un contexte socio-politique plus apaisé.

En ce qui concerne la direction générale de la politique monétaire, qui est le second point de l’agenda du jour, la BRH travaille sur beaucoup de projets devant redynamiser le cadre de la politique monétaire pour le mettre en adéquation avec le double mandat non hiérarchisé qui lui est confié par la loi : la stabilité des prix et la promotion de la croissance de l’économie.

La mise en place de ces projets devrait conduire la BRH vers :

1) une meilleure utilisation des bons BRH pour des impacts plus significatifs sur le contrôle de la liquidité du système ;

2) l’utilisation d’instruments de politique monétaire à très court terme devant jeter les bases de l’établissement d’un marché monétaire ;

3) l’élargissement des bons du Trésor à d’autres secteurs de l’économie nationale ;

4) le développement d’un marché financier, qui, entre autres, viendra en support à l’élargissement des bons du Trésor ;

5) des partenariats formels avec des Ministères clés, des éléments du secteur privé et avec l’international pour une véritable transformation socioéconomique.

Pour les dirigeants des institutions financières et les économistes présents dans cette salle, je voudrais préciser ce qui suit :

• La BRH conduit une politique monétaire consistant à resserrer les conditions du crédit bancaire en obligeant les banques commerciales à détenir des réserves obligatoires relativement élevées.

• Cependant, parallèlement à cette situation, la BRH accorde certaines exonérations sur les réserves obligatoires relatives aux prêts qui entrent dans le cadre de son programme d’incitation aux secteurs productifs. Ce programme se situe dans le droit fil de l’agenda monétaire pour la croissance et l’emploi que promeut la BRH. Mais, l’effet-volume de la politique monétaire risque d’être compromis sans un effort des autorités budgétaires pour améliorer la qualité des dépenses en mettant l’accent sur les dépenses productives et en particulier, les dépenses d’investissement public qui peuvent avoir un effet d’entraînement sur l’investissement privé.

Face à cette situation difficile, le Conseil d’Administration que je dirige ne restera pas inerte.

En attendant la combinaison judicieuse des politiques publiques, la BRH propose que les bons du Trésor servent de mécanisme de financement du déficit budgétaire.

Le bon BRH constituait jusque-là le principal instrument de reprise de la liquidité bancaire depuis sa création en novembre 1996. Cependant, il s’avère nécessaire de franchir une nouvelle étape dans le mécanisme d’absorption des liquidités excédentaires dans un contexte où les sources alternatives de financement sont à la fois conditionnelles et aléatoires. Cette nouvelle étape consiste à procéder à l’émission des bons du Trésor conformément à l’objectif visé lors de l’introduction du bon BRH.

Le bon du Trésor est considéré comme étant la meilleure option possible parce qu’il est associé à des externalités positives pour les raisons suivantes :

a) à court terme, garanti par la BRH, Il est sans risque pour son détenteur surtout lorsqu’il est indexé à l’inflation ;

b) Il servira de marqueur pour la courbe de rendement tout en conférant une certaine efficacité à l’utilisation des instruments de politique monétaire basés sur les règles du marché;

c) Il permettra de satisfaire les besoins du gouvernement et de réduire l’encours des bons BRH et la charge de la dette externe ;

d) Il permettra de moduler la politique monétaire à travers les instruments de court terme tout en servant d’indicateur pour les perspectives de croissance et d’inflation ;

e) Il pourra être maintenu même en présence de surplus budgétaires qui pourront être utilisés pour rembourser la dette.

Par ailleurs, il est important de préciser que les obligations du réseau routier national introduites vers la fin des années 80 ont été remboursées et que les bons du Trésor seront garantis par la BRH.

Néanmoins, certaines conditions nécessaires à la mise en œuvre de cet instrument ne sont pas tout à fait réunies. Certes, la BRH jouit d’une autonomie opérationnelle, mais elle n’est pas une banque centrale indépendante. De plus, il n’existe pas encore de marché secondaire qui pourrait faciliter le développement de marchés liquides et la transmission des impulsions monétaires.

Conséquemment, la BRH proposera que le MEF travaille conjointement avec elle sur la matérialisation du projet de mise en place des bons du trésor en trois étapes :

1) Une première étape pour la mise en place des procédures du front-office (MEF) et du back–office (BRH);

2) Une deuxième étape consacrant l’entrée en vigueur du protocole d’accord entre le MEF et la BRH pour la mise en œuvre des bons du Trésor ;

3) Une troisième étape pour la mise en place d’un marché secondaire dans le cadre de la transition vers la création d’un marché financier en Haïti.

Ces différentes étapes pourraient figurer parmi les réformes structurelles à mettre en œuvre dans le cadre d’un éventuel programme avec le Fonds Monétaire International.

Face à la conjoncture actuelle, les autorités monétaires resteront vigilantes à tous les nouveaux développements observés dans l’économie nationale et internationale et elles se tiendront prêtes à adopter les mesures appropriées pouvant contribuer à l’amélioration du cadre macroéconomique et financier.

Merci de votre attention!



16 Mai 2026


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